Introduction
La couverture de l’actualité électorale fait appel à au moins deux types de principes : principes professionnels et principes éthiques :
La meilleure garantie de succès de la couverture médiatique des élections réside dans une bonne préparation tant au plan logistique que professionnel. Cette préparation peut prendre la forme d’émissions destinées à présenter les formations politiques en compétition à travers leurs candidats, leurs compétences, leur ligne politique et l’expérience politique et administrative de ceux-ci, etc.
Ils doivent aussi présenter les programmes des différents partis et s’employer à éclairer l’opinion publique sur le contenu et la portée de chaque programme.
Longtemps avant la date du scrutin, la Rédaction en chef pourra assigner à chaque membre de l’équipe, une mission en termes de suivi de la trajectoire d’un candidat donné, ses sorties, l’analyse de la progression ou de la constance de son discours électoral, etc.
Caractérisation de la période dite électorale
- Période particulièrement sensible tant du point de vue de la collecte que du traitement de l’information ;
- Période où le journaliste est plus courtisé que jamais
- Période où le journaliste est particulièrement exposé à la tentation du gain facile (il en voit passé sous ses yeux) ;
- Période où prospère la technique d’achat des conscience : elle peut émaner aussi bien du pouvoir en place que de l’opposition ;
- Période de grande manipulation de la part des leaders politiques ;
- Période pendant laquelle le journaliste a souvent du mal à taire sa propre sensibilité politique ou ses états d’âme personnels
- Période encore plus sensible pour le journaliste partisan, détenteur d’une carte de parti politique ;
- Période sensible aussi parce que tous les hommes politiques, en campagne électorale sont très jaloux de leur image politique et sont donc sur les dents, justifiant un climat d’intolérance par rapport au moindre préjudice médiatique.
Exigences
- Période où le journaliste, plus qu’à tout autre moment, doit démontrer son professionnalisme. Mais que recouvre en réalité ce professionnalisme en période électorale ?
. le culte de la vérité ( la véracité des faits est le premier critère de l’information)
. le réflexe de la vérification de l’information
. le sens de l’intérêt public placé au-dessus des particularismes et des intérêts partisans
. l’esprit d’indépendance pour s’élever au-dessus des luttes partisanes entre leaders politiques
. L’impartialité pour ne pas paraître comme l’homme d’un camp contre un autre, au risque de perdre toute sa crédibilité. Or, un journaliste qui perd sa crédibilité a tout perdu et devra s’attendre à une mort professionnelle.
. la rigueur professionnelle pour ne rien faire en cette période par légèreté ou complaisance ou encore sous la pression du temps, par souci de célérité ou de concurrence.
. l’intégrité morale pour conserver sa dignité face à la vénalité. L’intégrité et la probité sont ici garantes de respectabilité et d’autorité face aux manipulateurs et autres corrupteurs. A défaut de la confiance, l’intégrité morale vous conférera aux yeux des hommes politiques un profond respect.
Consignes / Conseils
- Période où plus que jamais le journaliste doit se tenir à équidistance des idéologies et de tous les courants politiques ;
- Période faisant appel à un sen élevé de l’objectivité, ou tout au moins de l’honnêteté.
Examen de conscience
o Répondre en son for intérieur à la question suivante : « suis-je vraiment indépendant ?
o A part l’entreprise de presse à laquelle j’appartiens, ne suis-je pas impliqué dans d’autres activités qui pourraient influencer mon jugement ?
o N’ai-je pas des relations d’affaires, de famille ou des affinités / des accointances avec certains candidats engagés dans la compétition électorale. Alors, dois-je me permettre de couvrir leurs activités ?
o Ne jamais accepter de l’argent ou des libéra d e lités de la part d’un candidat, d’un parti politique (cf. article 5 du Code de déontologie la presse béninoise).
LES SOURCES
Tout au long de la campagne électorale, les sources se multiplient. Elles sont pour la plupart, orchestrées par les chargés de communication ou de relations publiques. D’où un risque élevé de manipulation.
? Les organes de presse doivent compter sur leurs propres moyens pour couvrir l’actualité électorale même si les événements se déroulent à des centaines de kms de leur base. Il y va de leur crédibilité et de leur indépendance.
Les communiqués de presse : ils inondent les Rédactions en période électorale. Il appartient aux rédacteurs en chef de faire respecter le principe de l’accès équitable de toutes les tendances politiques aux médias (cela concerne encore plus les médias du service public).
• Le moins que l’on puise suggérer à l’étape actuelle des choses c’est de se conformer aux prescriptions des instances de régulation qui fixeront les normes en la matière le moment venu.
• Selon la norme générale, il est à retenir qu’une démarche de vérification s’impose. Il est parfois nécessaire d’en compléter le contenu.
Car, n’oubliez pas que l’envoi d’un communiqué sert souvent à faire connaître la position d’un homme politique sur une question particulière, tout en évitant la conférence de presse qui l’exposerait à d’éventuelles questions embarrassantes de la part des journalistes.
LE RESPECT DE LA VIE PRIVEE
S’il est une période où la vie privée n’est pas respectée, c’est celle des élections. Les politiciens s’invectivent, s’accusent mutuellement d’agissements crapuleux, de manœuvres frauduleuses, de malversations, de détournements de fonds. Dans le traitement des informations collectées, le journaliste aura à rendre compte de certaines accusations. En cela, la déontologie ne suffira peut-être pas et il devra faire appel à un sens de l’éthique.
Conseils par rapport à la vie privée
? Se demander tout d’abord si l’information que l’on s’apprête à publier ou à diffuser est si importante et justifie que l’on s’intéresse à la vie privée d’une personne
? Se demander si la vie privée de cette personne est un sujet légitime d’intérêt public. Si le public a le droit de connaître cette information. S’il a besoin de la connaître. (Exemples : Un présidentiable qui bat sa femme / Un présidentiable qui vient de divorcer)
? Se demander si la vie privée de cette personne a des répercussions sur la vie publique
? Se demander si l’on n’est pas en train de faire le jeu d’un politicien qui se sert de vous pour salir la réputation d’un adversaire.
QUELQUES ENSEIGNEMENTS / RECOMMANDATIONS
1) Ne s’appliquent aux élections que les principes généralement établis et prescrits aux journalistes en tout temps. Sauf à recommander une vigilance accrue dans le contexte électoral. Car, un journaliste qui n’a jamais pas été bon dans les situations ordinaires ou dans les petites choses ne le sera pas dans les grandes.
2.) Vu le caractère hyper-sensible de la mission, ne confier la couverture de l’actualité électorale qu’à des esprits matures et à des professionnels assez avertis et doués d’un certain savoir-faire mais aussi capables d’un certain dépassement face aux intérêts matériels. Bref, la couverture de l’actualité électorale n’est pas faite pour les amateurs. Il appartient au Rédacteur en chef d’être rigoureux dans la sélection des journalistes affectés à cette tâche, même si cela devrait frustrer quelques uns…
3). Ne pas aborder - et au grand jamais- la période électorale comme une aubaine pour faire fortune ou encore comme une opportunité pour se mettre en vedette
4). Se montrer gourmand dans la chasse et la collecte des informations et suffisamment perspicace et mesuré dans le traitement et l’exploitation des informations recueillies. Car, en période électorale, période extrêmement sensible et où l’information devient une sorte d’étincelle très inflammable, tout ne peut se dire. Mieux, tout ne peut être dit partout et à tout moment. D’où un sens élevé du discernement et de la responsabilité sociale qui, ici, n’a rien avoir avec la rétention de l’information.
5). Etre circonspect dans la manipulation de certains chiffres ou résultats partiels. Ne pas sacrifier l’obsession de la primeur sur l’autel de la désinformation ou de la manipulation.
5). Se garder, si l’on veut conserver sa réputation, de faire des promesses ou de conclure des marchés dans le style : « si vous me garantissez tel positionnement au lendemain des élections, je ferai telle faveur éditoriale pour vous ».
Anicet Laurent QUENUM est journaliste de formation. Il a excercé dans la presse écrite et audiovisuelle avant de s’investir dans la communication institutionnelle au profit d’organisations ouest-africaines. Il se passionne également pour le renforcement des capacités et la recherche en communication.
Source : Traitement de l'information électorale : un dosage de professionnalime et de vertu - Articles Gratuits
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